Un lapin malin a trois terriers.

lapin08-lapin-haut-petit.jpgMais où est donc le lapin ?, le deuxième titre de la collection en quatre mots, est la première publication de la jeune artiste Sophie Roze, déjà distinguée pour son film d’animation Les escargots de Joseph. Nous avons eu beaucoup de plaisir dans cette collaboration où l’illustratrice nous régale avec des scènes drôles à souhait reflétant parfaitement l’état d’esprit de notre héro espiègle, Dan le lapin.

 

Ce livre présente deux histoires résumées chacune par une expression proverbiale en quatre mots chinois appelée chengyu. L’expression « Jiao tu san ku » vieille de plus de deux mille ans et mise en exergue par le deuxième épisode de l’album, est l’une des plus connues des Chinois.

 

Jiao tu san ku  狡兔三窟 peut se traduire littéralement en « Un lapin malin a trois terriers ». Comme beaucoup d’autres chengyu, c’était à l’origine une métaphore employée par un stratège auprès d’un prince à l’époque des Royaumes combattants (476-221 B.C.). En l’occurrence, le stratège répond au nom de Feng Xuan et le prince du royaume de Qi s’appelle Mengchangjun. En effet, le stratège Feng ne s’est pas contenté de conseiller son maître ; il a aménagé trois « refuges » pour Mengchangjun sans obtenir son accord en amont. Quel esprit d’initiative !

 

La suite de l’histoire est prévisible : Mengchangjun a pu échapper à une série de calamités et de persécutions grâce aux repaires préparés à l’avance par son conseiller clairvoyant.

 

Que les Chinois aient présent à l’esprit cette nécessité de clairvoyance est témoigné par plusieurs chengyu similaires, mais aussi par un caractère emblématique : xiong   traduit communément en « mauvais augure » :

 

Quasiment inchangé depuis trois mille ans, le caractère se compose de deux parties, dont l’une X est la représentation d’une marche régulière progressant selon un rythme alternatif, comme jadis l’avancée d’un faucheur dans un champ, et l’autre U, l’évocation d’une sorte de fosse dans laquelle la forme en X semble enserrée. L’association des deux signes montre un flux régulier qui, au lieu de s’écouler librement et de manière productive, est tombé dans un trou, à l’intérieur duquel il s’envase et pourrit.

 

Cyrille J.-D. Javary, Le discours de la tortue, p. 47, éd. Albin Michel 2003

 

Ainsi, pour un esprit chinois, la fermeture – dans le sens de « l’étau se resserre » – est le présage par excellence d’une situation néfaste et potentiellement mortelle car sans issue. Vivre longtemps et heureux, cela implique avant tout de s’éloigner de telles éventualités fâcheuses.

 

Image extraite de l’album Mais où est donc le lapin ?, éd. HongFei Cultures, illustré par Sophie Roze.

 Ecouter une sélection de chengyu sur le site de la revue Planète chinois